Val-de-Marne : une mère et son enfant handicapé menacés d’expulsion

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Une mère et son enfant handicapé risquent d’être expulsés de leur domicile à Villejuif, dans le Val-de-Marne. Une expulsion à laquelle s’opposent les militants de la Confédération Nationale du Logement, rejoints par ceux du PCF jeudi.

Les militants de la Confédération Nationale du Logement (CNL) font barrage depuis jeudi devant le domicile d’une famille menacée d’expulsion à Villejuif dans le Val-de-Marne. Ce vendredi matin, ils étaient une quinzaine à guetter l’arrivée des policiers et de l’huissier dépêchés sur place, à l’impasse Mirbeau. C’est ici que vivent une mère et son enfant handicapé, âgé de 14 ans. Avec la perte d’un mari et d’un père en 2015, ils doivent tous les deux faire face à une lourde dette locative s’élevant à «plus de 30.000 euros», selon le président de la CNL du Val-de-Marne, Alain Gaulon.

«Administrativement, il y a des choses qui ne sont pas résolues car, pour certaines administrations, le père est toujours locataire tandis que, pour d’autres, c’est la mère. Voilà pourquoi cette femme ne touche pas l’intégralité de ses prestations sociales comme les APL», explique Alain Gaulon au Figaro. D’après lui, elle disposerait de 800 euros tous les mois pour 1100 euros de loyer.

«On a mobilisé nos troupes»

Pour cette mère, le décès de son mari – atteint d’une leucémie foudroyante – a été comme «une descente aux enfers». Malgré l’absence de versements, la propriétaire du logement n’a pas manifesté le problème à la caution ou à l’assureur de la locataire. Celle-ci a fini par contacter la CNL. Mais, l’expulsion traînait déjà depuis plusieurs mois. «Elle était arrivée en fin de procédure et devait donc rendre les clés au commissariat de police, mandaté par la préfecture pour mener l’enquête», indique Alain Gaulon qui l’a accompagnée mercredi dans sa démarche aux côtés du président de l’antenne locale de la CNL. Selon Patrick Berlier, également contacté par Le Figaro, la femme a refusé de les rendre, son enfant étant «énormément attaché à l’appartement».

Dès jeudi, les militants ont alors organisé des permanences dans le but d’empêcher l’expulsion. «On a mobilisé nos troupes et nos forces à 14h30 devant la porte, les policiers sont arrivés avec un huissier et, pendant plus d’une heure, il y a eu une sorte d’esbroufe, où ils étaient méprisants avec nous», décrit Alain Gaulon. Ce vendredi, la famille n’avait pas quitté son domicile.

Leurs défenseurs réalisent des roulements de 6 heures du matin à 21 heures, les heures légales durant lesquelles peuvent s’effectuer des expulsions. Ils continueront à s’opposer aux forces de l’ordre jusqu’au début de la trêve hivernale, le 1er novembre. La mère, quant à elle, reste plongée dans «un stress total» et «surveille le moindre mouvement» dehors.

Des expulsions dues à «une précarisation des ménages»

Plus de 700 expulsions effectives (avec réquisition de la force publique, ndlr) ont été menées dans le Val-de-Marne en 2017, comme l’indiquent les chiffres de la CNL. «Nous possédons les graphiques depuis dix ans et nous avons constaté une augmentation due à une plus grande précarisation des ménages dans le département», précise Alain Gaulon qui évoque des personnes ayant «perdu leur travail» ou subi «un accident de la vie». D’après lui, elles ne connaissent pas «les droits et les dispositifs qui leur permettraient de sortir la tête de l’eau».

«Les expulsions sont inhumaines, déplore le président de l’antenne départementale, je n’arrive pas à comprendre qu’on puisse encore expulser alors qu’il existe des solutions pour reloger les familles.» Afin de réduire ces pratiques, la CNL propose de créer une sécurité sociale du logement financée par les assurances, les bailleurs et les locataires via le dépôt de garantie. «C’est comme la sécurité sociale que les salariés connaissent avec les congés maladie ou maternité», explique-t-il.

L’année dernière, une mère et son jeune enfant avaient été expulsés à Villejuif à quelques jours de la rentrée. Ils n’avaient pas obtenu d’hébergement d’urgence. Si l’histoire se répète, la locataire pourra déposer un recours auprès de la commission de médiation, sans attendre que le délai d’attente d’un logement social soit dépassé, selon la loi du 5 mars 2007 instituant le droit au logement opposable. Elle bénéficiera également de moyens complémentaires, instaurés grâce à la circulaire du 26 octobre 2012 signée par Manuel Valls et Cécile Duflot.