Les reculs de Donald Trump et de la Fed

0
3

Rédigé le 30 novembre 2018 par | Guerre Commerciale Imprimer

Comme prévu, la Fed renonce à sa normalisation. Reste maintenant seulement la guerre commerciale avec  la Chine pour assombrir les marchés.

Nous avions fait deux prédictions hardies dans La Chronique.

La première : la Fed ne tiendra jamais sa promesse de « normaliser » les taux d’intérêt.

La deuxième : Donald J. Trump ne mettra pas à exécution ses menaces de guerre commerciale contre la Chine.

En ce qui concerne la première, on dirait que les faits pourraient nous donner raison — bien avant que ce que nous avions prévu.

Bloomberg :

« Les actions américaines ont connu leur plus fort rebond en trois mois, le dollar a chuté et les actifs des marchés émergents ont grimpé après qu’un discours apaisant la part du président de la Réserve fédérale est venu nourrir les spéculations que la banque centrale est plus proche qu’on pourrait le penser d’une pause dans ses hausses de taux.

Les valeurs qui avaient le plus chuté durant le creux de six semaines des marchés actions américains ont le plus rebondi après que Jerome Powell a dit que les taux sont ‘juste au-dessous’ du canal correspondant à une politique neutre. A part le marché des bons du Trésor, où les rendements ont baissé de quelques points de base seulement, les autres classes d’actifs ont enregistré des évolutions tout aussi grisantes »…

En 2016, la Fed commettait son Erreur n°1 depuis sept ans, suite à la crise de 2008. En d’autres termes, elle maintenait les taux d’intérêt trop bas pendant trop longtemps. Résultat, le niveau de dette des entreprises a grimpé de 50% tandis que la dette fédérale doublait.

De l’Erreur n°1 à l’Erreur n°2

Voyant les dangereuses distorsions se multiplier, la Fed est passée à l’Erreur n°2 — augmenter les taux pour tenter de calmer les dommages.

Des taux plus hauts la mettraient également en meilleure position pour l’Erreur n°3 : paniquer et fixer des taux bien plus bas lorsque la prochaine crise frapperait.

Nous pensions que la crise suivante se produirait largement avant que la Fed ne puisse remettre ses taux à « la normale ». L’économie actuelle a été nourrie aux taux anormaux ; désormais, elle en est dépendante.

Des taux normaux déclencheraient une correction normale… ce qui pousserait la Fed à paniquer et à commettre immédiatement l’Erreur n°3.

Or la réputation, la richesse et le pouvoir des élites — dont Donald J. Trump lui-même — dépendent tous de taux anormalement bas.

[NDLR:Etsi…pourunefois…lesmanœuvresdesélitesvousprofitaientà[NDLR:Etsi…pourunefois…lesmanœuvresdesélitesvousprofitaientàvous ? Un initié vous livre son secret pour « pirater » le système : cliquez ici pour tout savoir.]

Le Grand Négociateur ne prendra pas de risque

Et aujourd’hui… il n’y a toujours pas de crise… le taux directeur est encore entre 2% et 2,25% tandis que l’inflation (IPC) est à 2,5%… le Donald s’en prend à la Fed à cause des hausses de taux… et les genoux du président de la Fed, Jerome Powell, commencent à trembler.

Les investisseurs, anticipant de l’argent facile jusqu’à la fin des temps, ont fait grimper le Dow Jones de 600 points. Nous pensons qu’ils le feront grimper plus encore lorsque notre deuxième prédiction se révélera juste elle aussi — aujourd’hui même.

Le conseiller économique Larry Kudlow a planté le décor de la rencontre entre le président T. et le chef d’Etat chinois vendredi au G20.

CNBC nous en dit plus :

« ‘Il y a de bonnes chances de parvenir à un accord’, a déclaré Kudlow lors d’une conférence de presse mardi après-midi, notant que Trump avait personnellement appelé Xi pour ‘démarrer les choses’.

Certaines conditions restent toutefois à remplir pour résoudre l’impasse entre les deux plus grandes économies de la planète, a déclaré Kudlow ».

Oui, ils parviendront sans doute à un accord. M. Trump n’est peut-être pas un génie, mais il n’est pas idiot.

Une grosse tempête sur le commerce avec la Chine déclencherait une grosse vague de ventes sur les marchés… et une récession dans l’économie réelle. Le Grand Négociateur ne voudra pas prendre ce risque.

Au lieu de cela, quoi qu’il se dise à Buenos Aires, M. Trump déclarera la victoire… et les choses se poursuivront comme avant, tout comme cela s’est produit après les négociations sur l’ALENA.

Un fantasme dont se nourrit le marigot

Mais le remarquable fantasme qui se situe derrière ces deux éléments est le même : que les politiciens et les bureaucrates devraient s’immiscer de force dans les transactions privées et en fixer les termes essentiels.

Si vous empruntez de l’argent, par exemple, vous pourriez parfaitement tomber d’accord sur un taux d’intérêt avec un prêteur en vous basant sur l’offre et la demande d’épargne réelle. Mais non. Pas possible.

D’abord parce que la Fed crée de la pseudo-épargne — du crédit — et la prête aux taux qu’elle veut. Elle fausse ainsi toute la courbe des rendements… et affaiblit l’économie entière avec de mauvaises informations et de mauvais calculs.

Ensuite, le président T. en rajoute une couche. Il pense savoir quels devraient être les taux. Il affirme n’être « même pas un tout petit peu content » de Jerome Powell et de sa hausse des taux. Il veut que les taux baissent même s’ils sont encore négatifs en termes réels.

Quant à la question de la Chine, les entreprises privées pourraient fort bien faire affaire avec qui elles veulent selon les termes qu’elles agréent.

Mais là encore, c’est non. Parce qu’arrive alors le promoteur immobilier et star de la téléréalité Donald J. Trump. Il pense qu’il sait mieux que les autres ce que les termes du contrat devraient être.

Ainsi, la comédie continue… et le marigot s’étend.

Soyez le premier informé des dernières news La Chronique Agora directement dans votre boîte mail

Bill Bonner

Bill Bonner

Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Mots clé :