TURQUIE – Cette ville fantôme a pourrait servir de tournage à un film d’horreur. La commune de Mudurnu, au nord de la Turquie, compte des centaines de répliques de châteaux français tous à l’abandon comme le montre notre vidéo en tête d’article.

Voici l’endroit rêvé pour les mordus d’urbex, les explorations urbaines dans les lieux abandonnés. À Mudurnu, des centaines de villas en rangées impeccables, d’un style évoquant les châteaux français de la Renaissance (ou ceux de Disney), se dressent dans cette province du nord-ouest de la Turquie. Mais ces bâtisses destinées à de riches acheteurs étrangers sont vides et n’ont plus rien du conte de fées pour les investisseurs.

Elles font partie d’un ambitieux projet lancé en 2014 par Sarot, un groupe de construction turc engagé dans plusieurs programmes immobiliers importants dans la région. Initialement, le chantier “Burj al-Babas” était censé compter jusqu’à 732 villas et un centre commercial. Mais le promoteur a été acculé après que des clients se sont retrouvés dans l’incapacité de payer pour les villas qu’ils avaient achetées, a déclaré à l’AFP le vice-président du groupe, Mezher Yerdelen.

Pourtant le projet avait séduit les investisseurs étrangers. Sarot avait déjà vendu 351 villas, d’une valeur d’environ 450.000€ chacune, principalement à des investisseurs des pays du Golfe. Mais certaines ventes ont été annulées. À l’origine du problème, selon le promoteur: les difficultés rencontrées par les investisseurs du Golfe, liées notamment à la chute du prix du pétrole, ainsi que “l’impact négatif des fluctuations économiques sur les prix” du BTP en Turquie.

Un échec immobilier sur fond de marasme économique

Le promoteur immobilier de cette ville fantôme est loin d’être un cas isolé en Turquie. L’ambitieux projet fait les frais du marasme de la construction, un secteur-clé pour l’économie du pays, ainsi que de troubles régionaux, au moment où l’économie turque tourne au ralenti.

La livre turque s’est effondrée en août 2018, sur fond de tensions diplomatiques avec les États-Unis, et l’inflation a atteint de nouveaux sommets. La devise turque a perdu 28% de sa valeur face au dollar en 2018 et les marchés restent sceptiques devant la stratégie mise en place par Ankara pour gérer les problèmes sous-jacents de l’économie (hausse de la dépense publique, baisse de la TVA…).

La construction a été l’un des moteurs assurant à l’économie une solide croissance depuis l’arrivée au pouvoir de Recep Tayyip Erdogan en 2003, mais le secteur s’est replié de 5,3% sur un an au troisième trimestre 2018, et les difficultés s’accumulent. “Sur quatre entreprises demandant à être placées sous le régime des faillites ou se déclarant en faillite, trois relèvent du secteur de la construction”, explique Alper Duman, professeur associé à l’Université d’économie d’Izmir.

Alors que la bataille pour l’avenir de Sarot est en cours devant les tribunaux turcs, son vice-président, Mezher Yerdelen, reste optimiste et veut croire que le projet sera achevé en octobre 2019.

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